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A nouveau nous prédisons une catastrophe climatique ! Alors il faut agir !

Mégafeu en Gironde, les flammes aux portes de Madrid et de Bordeaux, deux canicules nationales, 50 degrés en Tunisie. Il est plus que temps d’agir. Voici quelques pistes.

« Qui aurait pu prédire ? » ou la fin d’un déni

En décembre 2022, Emmanuel Macron dans ses vœux aux Français.es nous interrogeait. « Qui aurait pu prédire la crise écologique terrible ? » Immédiatement les indignations et les réponses pleuvaient1. Tout le monde savait. Tout le monde l’avait prévu. Les rapports du GIEC, Greta Thunberg et les mobilisations de la jeunesse, les écologistes, les militant.es contre les mégabassines, plus de un million de signataires de la pétition contre la loi Duplomb, les ONG qui dénoncent les passoires climatiques, les zadistes, les militant.es de la Confédération paysanne, les services des eaux et des forêts… Bref, des millions de gens ont prédit et continuent d’alerter sur le réchauffement climatique et ses conséquences.

Une inaction criminelle

Nous passerons vite sur l’inaction criminelle des gouvernants mais, malgré tout, disons-le, non seulement les autorités ont été sourdes mais en plus elles ont criminalisé celles et ceux qui lançaient l’alerte. La politique de Trump aux Etats-Unis est la plus assumée. En France, les partis au pouvoir ont amplifié le phénomène, revenant sur quasiment l’ensemble des décisions prises. Simple exemple : cette année, en janvier, les pompiers se faisaient joyeusement matraquer parce qu’ils demandaient des moyens supplémentaires.

Bien sûr les décisions guerrières (dont tout le monde voit qu’elles sont des écocides) ont relégué les questions écologiques au second plan. Plus proches de nous, les décisions de faire des économies sur les services publics, de faire voter à nouveau la loi Duplomb, et de revenir sur le peu de décisions écologiques sont des folies.

Une succession de catastrophes

La formule serait drôle si elle n’était pas tragique : « Nous vivons l’été le moins chaud des années à venir. » Cet été, la succession des canicules a causé un surplus de 6 000 morts en France pour les premières estimations, et l’été n’est pas terminé.

Les canicules ont entraîné une sécheresse et des incendies en Europe et en France. Les actes criminels ont fait le reste. Dans le Var, dans la forêt de Fontainebleau et, bien sûr, le mégafeu de Gironde avec son nuage qui n’est toujours pas éteint a provoqué la disparition de 42 000 hectares mais aussi l’évacuation de plus de 220 000 habitant.es. Le plan d’évacuation le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les incendies sont aux portes des grandes villes : Athènes il y a quatre ans, Los Angeles, Marseille l’an dernier, Madrid et Bordeaux cette année…. L’étalement urbain, la bétonisation, la détérioration des services publics de prévention et de protection, amplifient les phénomènes. Par exemple, le débroussaillage est obligatoire mais plus personne n’est là pour surveiller s’il est effectué.

Les effets domino

Et à côté des catastrophes humaines et écologiques, il y a les effets dominos. Les incendies réchauffent et saturent l’air. S’ensuivent des malaises respiratoires et cardiaques. Les thermorégulateurs que sont les espaces boisés disparaissent. Les produits utilisés par les pompiers augmentent la pollution (30% de cancers en plus chez les soldat.es du feu). Les personnes les plus vulnérables sont aussi les moins mobiles. Les assurances décident de ne plus rembourser ou se font tirer l’oreille. Les reconstructions sont à la charge de qui ? Qui est responsables des relogements ? Les traumatismes psychiques des personnes qui ont tout perdu sont peu pris en charge par les pouvoirs publics. A Marseille, l’an dernier, ce sont les habitant.es solidaires qui se sont organisé.es pour prendre en charge les aides administratives et les premiers besoins des sinistré.es.

Enfin dernier constat, la question du réchauffement climatique est une question de guerre de classe. Les travailleuses et travailleurs de première ligne sont les plus confronté.es aux effets de réchauffement climatique.

Les passoires thermiques sont une catastrophe. Les plus fragiles vivent dans les logements les moins isolés. Les espaces extérieurs sont les moins naturalisés. Les bailleurs sociaux expliquent qu’ils n’auront pas les moyens de tout réaménager. La course à la petite propriété a entraîné une multiplication de ménages dans l’incapacité financière de payer les réaménagements nécessaires. Il est plus qu’urgent de mettre en place un vrai service public de la rénovation immobilière qui organise méthodiquement la rénovation globale des logements. Il serait bien que les entreprises de BTP qui ont fait d’énormes profits mettent la main à la poche.

Il est temps de réfléchir sérieusement aux moments de crises intenses. Les choix qui ont été faits en Gironde révèlent-ils des réflexes de classe ? Qui sacrifie-t-on, le port de Porge ou les villas du Cap Ferret ?

Le système capitaliste et ses limites. Qui paye ?

Le système capitaliste est contre toute planification. Or, les réponses au réchauffement climatique demandent une série de décisions pour le court et le long terme.

Un plan d’évacuation sans précédent en Gironde. 220 000 personnes évacuées. Qui paye ? Les services publics, les dons charitables… Un peu limite, non, face à un mégafeu ?

La bataille larvée entre le gouvernement et les assurances qui a eu lieu cette semaine annonce une vraie crise. Qui paye ? A quoi va servir un système d’assurance qui supprime progressivement dans ses contrats toutes les conséquences du réchauffement climatique : plus de prise en charge des incendies, plus de prise en charge des inondations, plus de prise en charge des travaux pour le bâti qui se fissure.

Une proposition de loi avait été faite pour que les sociétés d’assurance paient un impôt supplémentaire quand elles ont fait des profits. Il est certain qu’il va falloir au minimum surtaxer les assurances ou prévoir un système d’assurances nationalisé.

Les vacances annulées : qui paye ?

D’accord, c’est anecdotique mais la question est symbolique : les vacanciers ne seront pas remboursés mais l’État vient de garantir un remboursement pour le manque à gagner des entreprises liées au tourisme. Pourquoi ?

Les conséquences à long terme : qui paye ?

32% des émissions de gaz à effets de serre sont dues aux transports, dont 40% pour le transport de marchandises. 21% pour l’agriculture…… Il faut donc ralentir, décroître. Mais avant tout, il faut que les grandes compagnies pétrolières payent une surtaxe. En France, il faut maintenant entrer dans la bataille contre Total. Il est plus que temps. Il faut aussi avoir un plan national de transports décarbonés d’envergure. Il faut enfin avoir une politique agricole raisonnée et égalitaire. Il faut arrêter de favoriser les grandes agricultures consommatrices d’eau et polluantes. Oui, il faut s’adapter et arrêter la course folle de cette agriculture dévastatrice.

Les passoires thermiques et l’aménagement des villes et des espaces publics  : qui paye ?

Il est certain que la question des services publics de prévention et d’intervention doit être une priorité dans les financements. Il faut réunir l’ensemble des acteurs et actrices de terrain et tirer les bilans. Qui doit payer ? Eh bien celles et ceux qui se sont enrichi.es ces dernières années. Par la mise en place de la taxe Zucman au minimum et d’un impôt sur les grandes fortunes.

Les épisodes caniculaires ont montré les limites de l’individualisation des solutions. Il faut être capable d’offrir à chacun.e des solutions durant les épisodes caniculaires. Des espaces adaptés et climatisés pour accueillir le plus grand nombre, des bâtis scolaires avec des espaces protégés et adaptés, des volets extérieurs, etc.

Les hôpitaux publics aussi doivent être prioritaires.

Les espaces urbains doivent être revégétalisés et débitumés.

La question du droit du travail doit être aussi centrale dans les négociations paritaires. Il faut imposer des normes obligatoires dans les entreprises.

  • Pas de travaux physiques durant les épisodes de grosses chaleurs (attention les travaux physiques ne concernent pas simplement le secteur du BTP mais aussi les métiers du soin et les métiers très féminisés.)
  • Réduction du temps de travail pour tous et toutes durant les canicules et ainsi réduction des déplacements. On va moins travailler alors ? Et oui ! Et comme ça on produira moins, on limitera les déplacements et on sera en meilleure santé. Qui paye ? Ben, les grandes entreprises.
  • Les choix d’installation des espaces de production doivent être vus au regard des enjeux écologiques en priorité et non des enjeux économiques. On installe un centre de données (« data center ») qui réchauffe et consomme de l’eau, et qui en plus embauche très peu ? Ben NON !
  • On arrête de creuser des mégabassines pour quelques agriculteurs ou on gère sérieusement l’eau pour préserver la biodiversité et défendre l’agriculture paysanne ?

On pourrait multiplier les décisions urgentes à prendre. « Notre maison brûle. » Il faut maintenant que la planification soit effective et d’ampleur. Ce n’est pas plus impossible que de reconstruire l’Europe à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. La prise en charge devra être européenne et mondiale.

Les canicules restent dans les mémoires, les incendies restent dans les mémoires. Une petite musique anti-écologique doit être combattue. Les mêmes qui disaient qu’il n’y avait pas de réchauffement climatique, sont en train de nous expliquer que la crise est trop grave et qu’on ne peut plus rien faire. Il faut lutter contre cet état de stupéfaction et cette invitation aux solutions individuelles. Il faut lutter contre le chacun pour soi et continuer d’expliquer que la solution sera globale ou ne sera pas. La question écologique doit se réinviter dans le débat présidentiel. Elle doit être centrale. C’est compliqué ! Oui, on vous l’avait prédit . Mais plus on tarde et plus ce sera compliqué !!!!

Cf. article de Hendrik DAVI. ICI

  1. Lettre ouverte « La France qui brule, s’assèche et suffoque ». Juillet 2022.

Manue Johsua