Tout le monde parle d’adaptation au réchauffement climatique. C’est utile. Mais il faudrait aussi planifier la décroissance pour sortir des énergies fossiles ! Je détaille pourquoi et comment dans cette note de blog.
Je suis en colère. Arrhenius démontrait en 1896 que la combustion des fossiles conduirait un réchauffement global de 5 °C. En 1997, il y a presque 30 ans, 38 pays industrialisés signaient le protocole de Kyoto pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 %.
Il y a 20 ans je soutenais ma thèse sur l’effet des changements climatiques sur les forêts…
Bref, je suis en colère. Selon le CITEPA[1], la France émettait avec ses transports 125 MtCO2eq en 2023, soit exactement la même quantité qu’en 1990 ! C’est comme si rien n’a été fait !
Je suis en colère. Deux canicules successives en mai et juin viennent de frapper l’Europe et tout le monde ne parle que de l’adaptation et de climatisation. Personne, ou presque, ne parle plus vraiment aujourd’hui de réduction des émissions, d’atténuation du changement climatique et de décroissance.
Pourtant, les scientifiques du GIEC l’expriment clairement : les canicules, tempêtes, sécheresses, incendies seront bien pires avec un réchauffement de 3 °C que 2,5 °C… chaque dixième de degré compte[2] !
Le principal débat public que nous devrions avoir est celui de la sortie des énergies fossiles ! Nous devons renoncer à une grande partie de nos ressources en combustible fossile d’ici 2050 si nous voulons nous laisser une chance de rester sous la barre des 2°C de réchauffement[3].
Alors rêvons un peu. La France est une nation qui a des ressources, nous pourrions montrer le chemin et sortir des énergies fossiles.
32 % de nos émissions, c’est les transports !
La moitié, c’est nos voitures. Nous devrions interdire la vente de nouvelles voitures à essence ou diesel dès 2030, développer massivement le rail avec un ticket climat pour les longues distances, tendre vers la gratuité pour les transports métropolitains, le leasing social pour les zones rurales et la relance du plan vélo.
40 % des émissions liées aux transports, c’est les marchandises. En 2035, aucun camion à moteur thermique ne devrait circuler sur nos routes ou livrer nos colis sur le dernier kilomètre : pour la longue distance, subventionnons massivement fret SNCF que le gouvernement démantèle[4], électrifions les véhicules pour la livraison à courte distance. Et comme les riches doivent montrer l’exemple, les trajets en jet privés doivent être interdits dès 2027[5], les billets d’avion doivent être lourdement taxés[6] et les rotations dans nos aéroports plafonnées.
Réduire ces émissions, c’est aussi améliorer la qualité de l’air et sauver 40 000 vies par an[7] !
21 % de nos émissions, c’est l’agriculture !
La moitié est liée à l’élevage bovin. Il est urgent de réduire notre consommation de viandes rouges et de favoriser l’élevage en plein champ. 13 % c’est les engrais et pesticides, stoppons cette inflation d’intrants qui causent aussi une épidémie de cancers chez les enfants et les agriculteurs[8] en développant l’agriculture bio. Électrifions massivement nos engins agricoles en accompagnant les paysans !
15 % de nos émissions, c’est le logement et les bureaux !
80 % de ces émissions sont liés au chauffage. En France, en 2026, 3,9 millions de logements sont considérés comme des « passoires énergétiques ». C’est une hérésie. Il est plus qu’urgent de mettre en place un vrai service public de la rénovation immobilière qui organise méthodiquement la rénovation globale des logements et l’installation de pompes à chaleurs ou de radiateurs électriques plus performants. Nous sommes capables d’explorer Mars, mais rénover tous nos logements serait impossible. C’est une farce ?
Évidemment, l’électrification massive des usages requiert de la production d’électricité[9]. Mon intime conviction est que la relance de l’énergie nucléaire qui produit des déchets très dangereux que nous sommes incapables de gérer[10] n’est pas la solution. Les nouveaux EPR ne seront par ailleurs pas construits avant 2037 : c’est trop loin, c’est trop tard ! Par ailleurs, vouloir consommer autant d’énergie avec des énergies renouvelables que nous en consommons avec les énergies fossiles posent un problème de durabilité pour les minéraux : les consommations de cuivre seraient multipliées par 7, celles d’aluminium par 6 et pour les batteries celle de lithium par 192, pour le cobalt par 43 et pour le nickel par 383…[11]
Un virage 100 %, sobriété, 100 % décroissance, 100 % renouvelable !
Notre production d’énergie renouvelable actuelle est égale à la consommation électrique des Français en 1970. Sans revenir à la bougie, il est donc parfaitement possible de couvrir tous nos besoins fondamentaux, sans pétrole et sans nucléaire. Mais pour cela, il faut prendre conscience globalement des limites planétaires[12] et de l’effondrement de la biodiversité[13] et réduire toutes nos consommations superficielles, qui résultent d’une société de consommation totalement aliénante.
Doit-on remplacer toutes les voitures thermiques par des véhicules électriques : non !
Doit-on équiper tous les logements de climatisation : non !
Doit-on continuer à voyager autant en avions, s’ils circulent avec des biocarburants[14] : non !
Peut-on se passer de suremballages inutiles en plastique : oui !
Peut-on éviter de changer de téléphone ou d’ordinateurs tous les ans : oui !
Peut-on garder le même jeans plusieurs années : oui !
Peut-on se passer des datacenters qui permettent de stocker des vidéos de chats ou de générer les réponses totalement loufoques de ChatGPT : oui !
Il est parfaitement possible de tendre vers une société écologiquement responsable et plus juste socialement. Une reconversion des emplois sera nécessaire dans certains secteurs d’activité, comme dans l’automobile ou dans les chantiers navals de Saint-Nazaire qui construisent les bateaux de croisière. Mais nous pouvons organiser la bifurcation industrielle ambitieuse, car nous aurons besoin d’emplois industriels pour relocaliser la production ou diversifier notre production énergétique avec des éoliennes en mer[15] ou des centrales osmotiques[16].
En 2027, c’est le choix de l’écologie que nous devons faire, le choix d’une écologie populaire qui organise la décroissance par la justice sociale.
Hendrik Davi (député de Marseille)
[1] https://www.citepa.org/donnees-air-climat/donnees-gaz-a-effet-de-serre/secten/
[2] https://www.fnh.org/climat-chaque-dixieme-de-degre-compte-selon-le-giec/
[3] https://reporterre.net/Pour-eviter-le-rechauffement-il-faut-laisser-dans-le-sol-la-moitie-des-reserves
[4] https://www.politis.fr/articles/2023/12/pour-un-moratoire-sur-le-processus-de-demantelement-de-fret-sncf/
[5] https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/10/07/une-taxation-plus-forte-des-plus-riches-les-contraindrait-a-changer-leur-mode-de-vie_6345985_3232.html?srsltid=AfmBOop96jlmQQxaDf5KXx7-692iFYI8h1NPYNvQtfy32yqJSAPJlUxy
[6] https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2024/09/rac-trafic-aerien-web.pdf
[7] https://www.santepubliquefrance.fr/presse/pollution-de-lair-ambiant-nouvelles-estimations-de-son-impact-sur-la-sante-des-francais
[8] https://www.nature.com/articles/s44360-026-00087-0
[9] Il faut 113 TWh pour électrifier le parc automobile et l’industrie à l’horizon 2050 selon le scénario « Sobriété » de RTE. https://rte-futursenergetiques2050.com/trajectoires/sobriete
[10] https://blogs.mediapart.fr/hendrik-davi/blog/060224/les-dechets-talon-d-achille-du-nucleaire
[11] https://rte-futursenergetiques2050.com/scenarios/m1/v1
[12] https://www.notre-environnement.gouv.fr/themes/societe/article/limites-planetaires
[13] https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf
[14] https://aviation.totalenergies.com/fr/blog/horizon/des-carburants-plus-verts-pour-laviation
[15] https://madeinmarseille.net/actualite/183123-premiere-ferme-eolienne-flottante-france-marseille/
[16] https://www.cnr.tm.fr/actualites/cnr-et-sweetch-energy-lancent-la-1ere-centrale-osmotique-pilote-de-production-delectricite-en-france/