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La Cité Scolaire Internationale Jacques Chirac à Marseille, ou « Stanislas dans le public »

Etablissement au statut hybride rendu possible grâce à la Loi « Pour une école de la confiance » de J-M Blanquer, qui permet de déroger entièrement à la carte scolaire, de sélectionner les élèves et de recevoir des financements privés, il s’agit d’un établissement qui transpose dans le public les principes d’entre-soi et de sélection propres aux établissements privés les plus élitistes.

Située dans la zone littorale d’Euroméditerranée, vaste projet de renouvellement urbain des quartiers du port, au pied du siège social de la CMA-CGM, elle est actuellement en construction en partenariat entre le Conseil Régional Paca, le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône et la Ville de Marseille. C’est une pièce maîtresse du « Plan Marseille en Grand » mis en œuvre par Macron dans la métropole marseillaise, dont elle révèle à nouveau les effets extrêmement pervers : développement inégal et gentrification des territoires,  multiplication des partenariats public-privé, encouragements à la spéculation immobilière, etc.   

Certains des quartiers qui la jouxtent immédiatement (Arenc, St-Mauront) sont parmi les plus pauvres de France et les écoles et collèges du secteur sont tous classés en REP +, c’est-à-dire en éducation prioritaire et au sommet des besoins reconnus aux établissements compte tenu du positionnement social des élèves qu’ils accueillent. Un territoire où les besoins éducatifs sont considérables et où les carences sont multiples.

La cité sera ouverte en septembre 2024 et accueillera à terme plus de 2000 élèves, du CP à la Terminale, qui seront tou.tes inscrit.es en section internationale. Un internat de 200 places est prévu dès la classe de seconde pour permettre un recrutement a minima régional. Il n’y a pas de sectorisation imposant le respect de la carte scolaire, et le recrutement est entièrement dérogatoire aux principes du service public. Les élèves sont admis.es sur la base d’une candidature au niveau d’enseignement souhaité. Leur inscription est conditionnée à la vérification a priori de leur aptitude à suivre le cursus. De même, les élèves, une fois inscrit.es, n’ont pas l’assurance de pouvoir terminer leur cursus dans l’établissement si leurs « aptitudes » ne continuent pas d’être démontrées…

Seule concession, mais extrêmement perverse, 30 % des élèves accueilli.es doivent être issu.es des établissements du secteur. On se demande d’ailleurs comment concrètement cette « clause » de mixité relative, sera appliquée ? Mais surtout : autant dire « les meilleur.es » et seulement elles ou eux. En effet comprenons-nous bien : il ne s’agit pas d’accueillir 30% d’élèves relevant de l’Indice de Positionnement Social  (IPS) défavorisé, dans un secteur géographique où cette catégorie représente au moins 60 % des effectifs des établissements : la classe de niveau assumée sans complexe et en (très) grand !

La création de cette Cité est un cheval de Troie qui vise à introduire dans le public les principes de sélection du privé le plus élitiste. Sous le prétexte de le concurrencer. La première conséquence sera donc une accentuation de la polarisation scolaire et un recul supplémentaire de la mixité sociale des établissements d’éducation publics à Marseille, où 40 % des enfants du centre-ville sont déjà scolarisés dans le privé et où un élève sur deux déroge à la carte scolaire. Les écoles et collèges publics du secteur, tous classés en REP+,  seront les premiers à en souffrir. La logique sociale et politique de ce projet est désastreuse.

Pour illustrer sur quelle intériorisation des inégalités elle repose, il suffit d’indiquer pour finir, qu’alors que la Cité Internationale n’a pas encore ouvert ses portes, deux agent.es à plein temps y sont déjà affecté.es et sont rémunéré.es depuis septembre 2023 : une Cheffe d’établissement et un intendant. Les écoles, collèges et LP du secteur, qui manquent de tout, n’ont qu’à bien se tenir. Ils ne proposent pas, elles et eux, « un voyage du CP jusqu’au Baccalauréat Français International, formant des générations de citoyennes et de citoyens plurilingues, multiculturels, capables de dépasser les frontières, d’embrasser les différences et la complexité du monde, pour relever les défis planétaires d’un futur incertain  » (Cf le site du Rectorat d’Aix-Marseille). Ce sont des établissements publics de quartiers pauvres, pour enfants pauvres.

Emmanuel Arvois, Marseille