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Retrait des troupes de Poutine de toute l’Ukraine !

Vu et entendu sur une télévision russe, une présentatrice demande à son interlocuteur, expert ou officiel, de manière apparemment naïve, « mais pourquoi les Ukrainiens se battent-ils ? ». La réponse est à la hauteur de la question en ces lieux, cela va du « ils (les Ukrainiens) seraient obligés d’aller au front, sinon ils seraient condamnés à mort » à « ils s’attaquent aux églises », et quasiment, « ce sont des brutes », argument utilisé par tous les colonialistes du monde et de l’histoire pour attester de la supériorité du colonisateur face à des sauvages non-civilisés. Évidemment, sur le plateau, personne ne songe un moment à répondre tout simplement, « ils se défendent »… et ils ont raison. Dans cette guerre que fait l’impérialisme russe au peuple ukrainien, à sa nation, qui fut il y a encore peu une nation dominée, le choix progressiste est de soutenir la résistance multiforme pour la défaite de l’occupant et de l’armée de l’agresseur.

Le 10 décembre, à l’appel de 42 organisations1, dont la CGT, la FSU, l’Union syndicale Solidaires, la LDH une manifestation est organisée à Paris en direction de l’ambassade de Russie pour exiger le retrait des troupes de Poutine de toute l’Ukraine. Elle sont soutenues par un appel, « Une paix juste et durable pour l’Ukraine », signé par plus de 100 personnalités, dont des responsables syndicaux (Philippe Martinez, Benoît Teste, Simon Duteil, Murielle Guilbert) des députés, parmi lesquels des élus LFI (Clémentine Autain, Rodrigo Arenas, Hendrik Davi, Alma Dufour, Andy Kerbrat, Marianne Maximi, Michel Sala ou Leïla Chaibi, eurodéputée)2.

C’est un moment important pour la lutte anti-guerre en France, l’implication des organisations syndicales, d’élus, d’associations comme la LDH élargissant le soutien qui, jusqu’ici, émanait de courants minoritaires, évoluant dans ce qui pouvait être considéré comme une indifférence générale. Il faut voir dans cet élargissement un des effets de l’évolution de la situation sur le terrain où – contrairement à la plupart des prédictions – non seulement l’Ukraine résiste, mais reconquiert une partie du terrain perdu, et surtout où il apparaît que la guerre de Poutine peut ne pas être victorieuse.

Ces positionnements ne vont pas sans réactions. A l’intérieur de la CGT, l’appel à la manifestation, et la signature de l’appel « Une paix durable pour toute l’Ukraine » par Philippe Martinez soulève des protestations, la confédération se voit même accusée d’appeler à « manifester pour soutenir l’OTAN ». Outre ceux qui privilégient une défaite de l’Ukraine décrite comme « marionnette » de l’Occident (et par conséquent optent de facto pour une victoire de Poutine), il y a celles et ceux qui sont – légitimement – inquiets des dangers d’une extension de la guerre, pouvant aller jusqu’à la guerre nucléaire.

Ainsi, tout en déclarant s’opposer à « La guerre de Poutine contre la population civile de l’Ukraine à l’approche de l’hiver » (ce qui n’est qu’un aspect de cette agression), le Mouvement de la paix renvoie finalement dos à dos les deux parties dans son appel à une journée le 14 décembre. Apportant son soutien « depuis le début à tous ceux qui, en Russie et en Ukraine, expriment leur opposition à la guerre, réclament un cessez-le-feu immédiat », on ne sait s’il veut soutenir en Ukraine ceux qui s’opposent, y compris les armes à la main, à la guerre menée par Poutine des Russes, ou s’opposent à la résistance armée des Ukrainiens. Comme pour Biden ou Macron, l’accent est mis sur « l’engagement de négociations pour une issue négociée impliquant l’objectif d’un retrait des troupes russes d’Ukraine et le respect de la souveraineté de l’Ukraine », le retrait des troupes russes passant de préalable à une négociation à l’objectif de la négociation. Or, chacun sait que l’issue de négociations dépend du rapport de forces, et si l’on veut des négociations, il faut soutenir la résistance ukrainienne pour établir un rapport de force en sa faveur au moment où elles pourraient s’ouvrir.

Les États, même ceux qui se déclarent pour l’Ukraine, ne sont pas des alliés fiables du peuple ukrainien. C’est la résistance de ce peuple qui a contraint en partie les « alliés » à fournir une aide qui, après avoir été mesurée est devenue conséquente quand la résistance ukrainienne a montré qu’elle pouvait contenir l’offensive menée sur Kiev.

Mais ce sont des motifs autres que ceux de la solidarité qui guident les politiques des États. Échéances intérieures, prix de l’énergie, géopolitique des alliances vont peser lourdement. Ce sont les intérêts propres des gouvernements qui vont déterminer leurs choix en fin de compte. On sait cependant que les mobilisations sociales peuvent marquer l’opinion et modifier les décisions. Des débats ont lieu au sein de la gauche, nous y reviendrons, ce qui est certain c’est que la gauche, le mouvement syndical, le mouvement social doivent agir en relation avec leurs homologues ukrainiens, comme russes et biélorusses pour construire une large solidarité avec la résistance du peuple ukrainien.

L’enjeu est de construire un nouvel internationalisme.

Mathieu Dargel– Jean Malifaud – Robi Morder

1 Union des Ukrainiens de France – Russie Liberté – Socialistes russes contre la guerre – Association des Géorgiens en France – Géorgie vue de France – Collectif pour une Syrie libre et démocratique CPSLD – Coordination des Syriens de France – CSDH Iran – A Manca – Assemblée européenne des citoyens – Association autogestion – Aplutsoc – ATTAC France – Cedetim – Club Politique Bastille – Confédération générale du travail (CGT) – Coopératives Longo Maï – Éditions Syllepse – Émancipation Lyon 69 – Ensemble ! – Europe Écologie Les Verts (EELV) – Entre les lignes entre les mots – Fédération internationale des Sound Libertaires – Fondation Copernic – Forum civique européen – Fédération syndicale unitaire (FSU) – Gauche démocratique et sociale – Gauche écosocialiste – Ligue des droits de l’Homme (LDH) – L’Insurgé – Les Humanités – Mémorial 98 – Mouvement national lycéen (MNL) – Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) – Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre – Pour une écologie populaire & sociale (PEPS) – Régions et peuples solidaires (RPS) – Rejoignons- nous – Réseau syndical international de solidarité et de luttes – RESU France (Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine) – Réseau Penser l’émancipation – Union syndicale Solidaires

CONTACT : ukrainesolidaritefrance@solidaires.org

2 La liste des 104 premiers signataires est parue sur Mediapart ce 9 décembre ? (https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/091222/une-paix-juste-et-durable-pour-l-ukraine )