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Lutte contre les expulsions à Paris 13e

Ce sont des parents d’élèves qui ont lancé l’alerte. Plusieurs familles ayant des enfants scolarisés dans le 13e arrondissement de Paris étaient menacées d’expulsion de leur hébergement. Grâce à des syndicalistes enseignants, un rassemblement a été organisé en urgence, bientôt suivi par un large comité de soutien.

Héberger ou expulser ?

Aux hôtels Palatino et Lodge In, tout au sud de Paris, le Samu social et l’Aide sociale à l’enfance ont accueilli en hébergement d’urgence des dizaines de personnes. Principalement des mères avec enfants, dont certains souffrant de pathologies graves et suivis dans les hôpitaux des environs. Cet hébergement offrait un peu de stabilité à des familles vulnérables, et certaines y habitaient depuis quelques années.

Depuis plusieurs semaines, de plus en plus de résident·e·s reçoivent l’ordre de partir. Parfois, les familles ont la chance d’avoir une proposition de logement social. Mais généralement, on les envoie avec précipitation vers un hébergement temporaire, parfois très éloigné du quartier, de l’école, de l’hôpital, de leur lieu de travail. Il s’agit souvent de chambres dans des hôtels infestés de souris ou de cafards, où l’on vit entassés, sans avoir le droit de faire la cuisine. Certaines des personnes délogées sont déjà à la rue.

Organiser la lutte

Face à cette situation inacceptable, une mobilisation s’est développée. Côté résident·e·s des hôtels, il s’est agi d’encourager les familles ne voulant pas partir à s’organiser et à faire bloc ensemble. Côté soutiens, il s’est agi de rassembler des forces militantes pour appuyer les familles dans leurs démarches, empêcher les expulsions et mettre la pression sur les institutions. Le comité de soutien regroupe aujourd’hui des associations (FCPE, Ligue des droits de l’Homme, RESF, DAL), des syndicats (CGT, Solidaires, CNT, FSU) et les partis de gauche (FI, EELV, PCF, Ensemble, NPA, POI, Gauche écosocialiste) de l’arrondissement.

Nous avons organisé des rassemblements en bas des hôtels et des permanences juridiques à destination des résident·e·s. Des tracts pour informer la population ont été distribués sur les marchés et devant les écoles. Nous avons interpellé les élu·e·s (en particulier les deux député·e·s NUPES de l’arrondissement, qui sont intervenu·e·s plusieurs fois pour soutenir la lutte), la préfecture et la presse.

Après un rassemblement à 150 personnes devant la préfecture d’Île-de-France, nous avons obtenu l’engagement que les expulsions seraient suspendues au Palatino. Les choses sont plus difficiles au Lodge In où l’évacuation totale est toujours prévue. La mobilisation doit s’amplifier pour que personne ne soit délogé sans relogement digne et durable.

Un enjeu national

Ces situations ne sont pas isolées. À Paris, 52 hôtels utilisés pour l’hébergement d’urgence doivent être évacués. Dans toute la France, il est prévu de supprimer des dizaines de milliers de places d’hébergement. Les hôtels veulent reprendre leur clientèle classique et l’État prévoit dans son budget de diminuer les places chaque année. Pourtant, même le record de 200 000 places atteint nationalement pendant la crise sanitaire ne suffisait pas. Rien qu’en Île-de-France, 220 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile.

Certes, réserver des nuitées d’hôtel n’est pas idéal, car l’État paie souvent cher les propriétaires pour un hébergement de mauvaise qualité fourni aux personnes hébergées. Mais les renvoyer dans la rue est insupportable ! Il faut garantir une mise à l’abri pour tou·te·s les personnes sans abri et les accompagner vers un logement durable.

Il y a urgence à fournir un logement pour tou·te·s. Des dizaines de milliers de logements vides pourraient être réquisitionnés : à Paris, près de 20 000 logements sont inoccupés depuis au moins deux ans. Une baisse des loyers doit être imposée face à la spéculation et aux profiteurs : aujourd’hui, la moitié des logements en location appartiennent à des ménages qui possèdent au moins cinq logements. Enfin, il faut augmenter le nombre de logements réellement sociaux accessibles aux classes populaires, tout le contraire de ce que font Emmanuel Macron au gouvernement et Valérie Pécresse à la région. D’où que l’on vienne, quelle que soit sa situation, un toit, c’est un droit !

Nicolas

Photo : Fatiha Ferchouche

Pour contacter le comité de soutien : stopexpulsions13e@proton.me