La France est entrée dans le cycle politique qui conduira à l’élection présidentielle de 2027. Cette échéance intervient dans un contexte particulièrement préoccupant :
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D’abord parce que la situation internationale est marquée par la multiplication des conflits, des offensives impérialistes, des logiques de puissance et des tensions géopolitiques. De Gaza à l’Ukraine, des rivalités sino-américaines à la remilitarisation générale de nombreuses puissances, le monde s’enfonce dans une période d’instabilité dont les conséquences se font directement sentir dans notre pays : inflation, tensions sur l’énergie, augmentation des dépenses militaires, remise en cause de certaines politiques sociales et écologiques au nom de « l’économie de guerre », progression des nationalismes et des logiques autoritaires.
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Ensuite parce que le mouvement social traverse une période de relatif reflux. Depuis l’échec de la puissante mobilisation contre la réforme des retraites, malgré la persistance de nombreuses luttes écologistes, féministes, syndicales ou antiracistes, nous ne sommes pas aujourd’hui dans une phase d’offensive sociale comparable à celles qui ont marqué d’autres périodes de notre histoire. Les récents congrès syndicaux ont eux-mêmes largement témoigné des difficultés rencontrées pour reconstruire des dynamiques de mobilisation de masse et renouer avec des perspectives de convergence des luttes. Cette situation renforce mécaniquement le poids de l’affrontement électoral dans les années à venir.
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Enfin parce que le macronisme est politiquement à l’agonie sans avoir perdu sa capacité de nuisance. Minoritaire dans le pays, contesté dans les urnes comme dans l’opinion, il continue pourtant à imposer des politiques profondément antisociales et antidémocratiques. La réforme des retraites imposée contre l’immense majorité de la population demeure emblématique de cette dérive. Le refus obstiné de revenir sur cette réforme malgré son rejet massif, les coupes budgétaires imposées aux collectivités locales, les restrictions imposées aux services publics, les attaques répétées contre l’assurance chômage ou encore la poursuite de politiques fiscales favorables aux plus fortunés illustrent la volonté du pouvoir de poursuivre coûte que coûte une politique rejetée par une majorité du pays. De canicule en tempêtes, face aux conséquences du dérèglement climatique toujours plus visibles et destructrices, ce pouvoir continue pourtant de repousser les ruptures nécessaires et de privilégier les intérêts économiques de court terme. Battu politiquement, le macronisme continue néanmoins à peser lourdement sur la société française.
Dans ce contexte, les enquêtes d’opinion qui se succèdent, comme les résultats des dernières consultations électorales, dessinent un paysage politique relativement stable. La gauche représente environ un tiers du pays. Les différentes droites représentent un autre tiers. L’extrême droite rassemble elle aussi près d’un tiers de l’électorat.
Cette situation fait peser un danger majeur : celui d’une nouvelle élimination de la gauche dès le premier tour de l’élection présidentielle.
La droite traditionnelle et libérale pourrait trouver un point de rassemblement autour d’une candidature comme celle d’Édouard Philippe, aujourd’hui la mieux placée dans son espace politique. L’extrême droite disposera quant à elle d’une candidature puissante, probablement celle de Jordan Bardella si Marine Le Pen ne peut concourir. Tout indique aujourd’hui que cette candidature du Rassemblement national est en mesure d’accéder au second tour et qu’elle dispose désormais d’une possibilité réelle de remporter l’élection présidentielle.
Nous refusons de banaliser ce danger.
L’extrême droite n’est pas une droite plus dure que les autres. Partout où elle exerce des responsabilités, elle s’attaque aux libertés publiques, aux contre-pouvoirs, aux mouvements sociaux, au monde de la culture et aux solidarités.
Les expériences municipales menées par le Rassemblement national donnent déjà un aperçu de ce que pourrait être son exercice du pouvoir à l’échelle nationale. À Hénin-Beaumont, la Ligue des droits de l’Homme a été chassée de locaux municipaux. Dans plusieurs communes dirigées par le RN ou ses alliés, des associations culturelles, d’éducation populaire ou de solidarité ont vu leurs subventions supprimées ou fortement réduites. À Carpentras, la nouvelle municipalité RN a mis fin à une ferme municipale biologique qui alimentait les cantines scolaires. Plus récemment encore, à Carcassonne, le nouveau maire RN a supprimé la mise à disposition de locaux syndicaux à la CGT, à la FSU, à Solidaires et à la CFDT après des mobilisations contre sa politique. Dans la même ville, la subvention municipale à la Ligue des droits de l’Homme a été supprimée après qu’elle eut contesté en justice un arrêté anti-mendicité.
Partout, derrière les discours de « préférence nationale » ou de « défense de l’identité », c’est la même logique qui se déploie : désigner des boucs émissaires, banaliser l’islamophobie et les discriminations, opposer les citoyens entre eux, affaiblir les contre-pouvoirs et mettre au pas le tissu associatif, syndical et culturel.
Dans le même temps, les violences commises par des groupes d’extrême droite, néofascistes ou néonazis se multiplient. Ces groupes se sentent encouragés par la progression électorale de leurs idées et par la banalisation croissante de leurs thèmes dans le débat public.
Face à cette menace, la responsabilité historique de la gauche est immense.
La responsabilité de la gauche est d’autant plus grande qu’elle ne part pas de rien. À deux reprises ces dernières années, elle a démontré sa capacité à reconstruire une dynamique unitaire. En 2022 avec la NUPES, puis en 2024 avec le Nouveau Front populaire, elle a montré qu’un programme de rupture avec les politiques libérales pouvait permettre de rassembler largement, de retrouver une position centrale dans le débat politique national, de barrer la route aux fascistes et de candidater au pouvoir.
La condition première pour empêcher un duel entre la droite et l’extrême droite est de reconstruire une perspective majoritaire autour d’un projet de transformation sociale, écologique et démocratique.
Cette tâche n’est pas simple.
Les difficultés rencontrées par la NUPES puis par le Nouveau Front populaire nous rappellent que l’unité est une construction exigeante et fragile.
La direction de La France insoumise a commis des erreurs importantes ces dernières années. En multipliant les tensions avec ses partenaires et en privilégiant parfois l’affirmation de son propre espace politique, elle a contribué à fragiliser cette dynamique. Or l’unité suppose précisément le respect entre partenaires, la recherche de l’action commune malgré les désaccords et, de la part de la force politique la plus importante, une responsabilité particulière : proposer l’union, créer les conditions du rassemblement et bannir toute tentation hégémonique ou excluante.
Ce constat ne retire rien aux responsabilités majeures des autres forces politiques, PS en particulier.
En faisant de sa démarcation vis-à-vis de La France insoumise un objectif prioritaire dans l’espoir de renouer avec son hégémonie à gauche, le PS a contribué à briser la dynamique née des élections législatives de 2024. En refusant de censurer le gouvernement et en permettant ainsi la prolongation du macronisme, il a non seulement détruit une part de l’espoir suscité par le NFP, mais aussi rendu possible la poursuite de politiques en contradiction avec le programme sur lequel il avait été élu.
Ces leçons du passé récent rappellent qu’aucune stratégie de rassemblement durable ne pourra réussir sans une pratique constante du pluralisme, du respect mutuel et de la volonté de construire ensemble.
Les difficultés rencontrées par le Nouveau Front populaire doivent être regardées comme une leçon pour l’avenir.
Pour reconstruire l’espoir, la gauche doit rompre avec les orientations social-libérales qui l’ont progressivement éloignée des classes populaires. En renonçant à affronter les logiques du marché, en accompagnant les politiques d’austérité européennes et en acceptant le cadre idéologique du libéralisme économique, les gouvernements sociaux-libéraux ont nourri la défiance populaire et ouvert un espace considérable à l’extrême droite.
La gauche ne retrouvera pas sa crédibilité en revenant aux politiques qui ont contribué à son recul.
C’est pourquoi nous ne nous reconnaissons pas dans les candidatures qui s’inscrivent dans la continuité de ces orientations, qu’elles soient portées par Raphaël Glucksmann, François Hollande ou d’autres représentants de cet espace politique. Elles ont beau se réclamer de la gauche, elles ne peuvent aujourd’hui constituer le point d’appui du rassemblement populaire dont le pays a besoin.
La gauche ne pourra redevenir majoritaire qu’autour d’un programme de rupture capable d’améliorer concrètement la vie du plus grand nombre et d’ouvrir une véritable perspective de changement.
Un tel programme appelle une candidature de large rassemblement, démocratique et pluraliste, capable d’unir durablement les forces qui s’en réclament.
Un tel programme existe dans ses grandes lignes. Il s’est exprimé à travers la NUPES puis à travers le Nouveau Front populaire. Il repose notamment sur l’abrogation de la réforme des retraites, l’augmentation des salaires et des pensions, l’égalité femmes/hommes, l’élimination de toutes les discriminations, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le blocage des prix des produits de première nécessité, le développement massif des services publics, la planification écologique, la bifurcation énergétique, la justice fiscale, la défense des libertés publiques et le renforcement de la démocratie.
Nous avons eu raison de défendre la recherche d’une candidature commune sur cette base.
La forme que pouvait prendre ce processus importe finalement moins que son objectif. Qu’il s’agisse d’une primaire permettant d’enclencher une dynamique populaire, d’une convention citoyenne, d’un accord entre les organisations politiques ou de toute autre méthode permettant de dégager une candidature commune (à l’image de ce qui avait été fait lors de la désignation de Lucie Castets), l’essentiel était de reconstruire l’esprit du Nouveau Front populaire et de créer les conditions d’une victoire en 2027.
Cette orientation demeure juste.
A l’heure actuelle, un tel processus ne parvient pas à s’imposer à toute la gauche. Le PCF et LFI s’y refusent. Quant au Parti socialiste, il est enfermé dans un congrès permanent où la bataille interne prend le pas sur la construction d’une candidature commune et où la leçon pourtant sévère de l’échec du quinquennat Hollande tend à s’effacer derrière l’espoir d’un retour à l’âge d’or social-démocrate avec le retour au bercail des brebis macronistes égarées. Sous l’influence croissante de sa droite et sous la pression de l’espace politique animé par Raphaël Glucksmann, il paraît désormais davantage engagé dans la reconstruction d’un pôle social-démocrate autonome, voire social-libéral, que dans la recherche d’une candidature commune de la gauche de rupture et de l’écologie.
Dans ces conditions, la perspective d’une candidature unique à gauche, porteuse d’un programme qui rassemble, n’est aujourd’hui pas atteignable.
A ce stade, la candidature de Jean-Luc Mélenchon semble la mieux placée pour représenter la gauche de rupture.
Aucun autre candidat potentiel ne dispose aujourd’hui d’un soutien populaire, militant et électoral comparable.
Pour autant, il ne s’agit ni de demander un ralliement inconditionnel ni de renoncer aux critiques que nous formulons à l’égard de certaines orientations ou pratiques de la direction de La France insoumise, notamment lorsque celles-ci conduisent à des désaccords sur la solidarité avec l’Ukraine face à l’agression russe ou sur certaines formulations pouvant être perçues comme complaisantes à l’égard du pouvoir chinois.
La question qui se pose désormais est la suivante : à défaut d’une candidature commune issue d’un processus partagé, Jean-Luc Mélenchon peut-il devenir le candidat commun de la gauche de rupture et de l’écologie ? A quelles conditions ?
Nous proposons d’ouvrir dès que possible une discussion politique entre La France insoumise, les Écologistes, L’APRES, Génération.s, la Gauche Écosocialiste, le PCF, Alternative communiste, le NPA-A, Debout !, les Verts unitaires, PEPS, le RESI ainsi que les forces syndicales, associatives, citoyennes et militantes qui souhaitent construire une alternative pour explorer cette possibilité.
L’objectif serait de définir les conditions permettant de transformer une candidature aujourd’hui portée par une seule force politique en une véritable candidature de rassemblement. Une telle démarche devrait reposer sur :
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une direction pluraliste de campagne associant l’ensemble des forces engagées ;
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l’identification, avant l’élection présidentielle, d’une équipe dirigeante pluraliste préfigurant l’exercice collectif du pouvoir, pouvant notamment prendre la forme d’un tandem associant le candidat à la présidence et une personnalité issue d’une autre composante du rassemblement appelée à jouer un rôle central dans la conduite d’un futur gouvernement ;
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un programme élaboré collectivement à partir des principaux acquis du Nouveau Front populaire et du programme actuellement défendu par Jean-Luc Mélenchon ;
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un accord législatif garantissant une représentation équitable de toutes les composantes du rassemblement et la reconduction des député·es sortant·es parties prenantes de l’accord, sauf situation liée à des violences sexistes et sexuelles ou renoncement volontaire à se représenter.
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Le 25 juin 2026
Le secrétariat de la Gauche écosocialiste, mandaté par l’AG du 23 juin.