Bluesky Instagram RSS

Jean Malifaud

Jean (Malif, Évariste…) est parti tôt ce samedi. Je l’avais vu la veille à l’hôpital avec le reste de cette si belle énergie que je lui ai connue depuis le début de notre long parcours de camaraderie militante juste après 68, lorsqu’il a rejoint La Ligue et qui, presque tout de suite, est devenu une profonde amitié avec une très grande complicité.

La tornade bienfaitrice de ce joli mois de Mai 68 a transformé le brillant prof de math un peu sage à la faculté de Jussieu, en un indigné permanent grâce à cet alignement des planètes, révoltes culturelles, révoltes sociales et mobilisations internationales qui l’ont presque naturellement amené à rejoindre la Ligue communiste après la dissolution de la JCR  par Marcellin pour s’embarquer avec elle dans une grande aventure qui, aux côtés des combattants vietnamiens dans la continuité de l’appel de la Tricontinentale, nous faisait rêver de convergence de toutes les luttes et de révolution permanente.

Nous avons tous et toutes été emporté·es dans ce compagnonnage qui a bouleversé nos choix de vie : militantisme permanent, engagement politique, syndicaux, engagements internationalistes et antifascistes qui ont fait quasiment tout nôtre quotidien et surtout bousculé, pour ne pas dire plus, nos engagements plus personnels

Jean avait beaucoup d’autres passions : math, cuisine, resto ou encore travail du bois. Il aimait les soirées conviviales, la bonne bouffe et le bon vin. C’était un homme drôle et généreux

Ce fut aussi un homme amoureux, un père, un grand-père et un arrière-grand-père. Nous pensons à tous ses proches

Jean fut acteur important de la vie de la Ligue. Il participa longtemps à sa direction et fut membre de nombreuses commissions.

Il a eu une place importante dans les nombreux débats de tendance qui ont traversé la ligue aux côtés d’Olive, Hélène, François, Samy et tant d’autres.

Il était partie prenante de toutes les actions de solidarité avec le combat des peuples indochinois : manif puis occupation et transformation de la place du Tertre en territoire libéré, solidarité avec les travailleur·euses polonais·es, manif et affrontement avec la police pour dénoncer la répression sanglante contre les étudiant·es mexicain·nes, manif pour Lip ou encore celle du centenaire de la Commune avec Higelin.

Et surtout son engagement au Nicaragua aux côtés des Sandinistes, pendant 6 mois sur place pour enseigner les maths et participer avec tous les camarades parti·es dans les brigades de solidarité à une action concrète pour aider un début de processus révolutionnaire sur le terrain.

Et encore son engagement antifasciste, antiraciste, pour les Sans Papiers, pour la Palestine, pour l’Ukraine…

Depuis 68, Jean a aussi eu un engagement syndical très important dans le Snesup et dans la Fen au début puis, suites aux manœuvres de la direction jusqu’à la scission, dans la création de la FSU pour défendre un syndicalisme de lutte où les orientations sont le résultat des confrontations et d’une synthèse entre les diverses orientations proposées dans la FSU.

Il fut aussi un des principaux animateurs de l’Ecole Émancipé, tendance syndicaliste révolutionnaire qui, après le départ de la FEN suite à la scission, va prendre une place et une influence importante dans la FSU. Il a été une des chevilles ouvrières qui ont relancé la revue de l’École émancipée au tournant des années 2000.

En 95, pour la première fois le syndicalisme enseignant va faire le choix de la grève reconductible et l’ÉÉ a été la composante qui a permis cette évolution.

Jean était un enthousiaste des expériences de mouvement large, prêt à faire des pas de côté pour tenter de réussir à créer ce mouvement nous permettant de peser plus et mieux sur les événements sociaux avec pas toujours les résultats espérés.

Déception certainement, renoncement jamais !

Puis ce fut le temps des éloignements plus importants sur des choix qui ont rendu incompatible pour certain·es de rester ensemble dans une même organisation : GA, Ensemble, GES et L’APRES. Nous étions toujours côte à côte dans les combats essentiels, encore plus depuis que la peste brune et ses affidés, que nous voulions « écraser dans l’œuf », menacent sur tous les continents.

Nous pensions « Plus jamais ça » et nous voilà rendu·es à devoir nous préparer à une bataille autrement plus difficile : stopper leurs avancées. Jean en aurait été un acteur essentiel évidemment.

Mon camarade, mon ami, mon copain, on te garde dans nos cœurs et on t’emmène pour nos combats de demain.

No passaran !

Alain Cyroulnik

Une cérémonie lui rendra hommage ce samedi 17 janvier à 9h45 au cimetière parisien du Père Lachaise (Coupole).