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L’extrême droite radicale galvanisée par la montée du RN

Depuis le mois de septembre, pas une semaine sans que la presse régionale et nationale ne se fasse l’écho des exactions commises par des membres de l’extrême droite radicale, un peu partout en France. Militants syndicalistes, antiracistes et antifascistes, mais aussi minorités ethniques, religieuses ou de genre sont la cible privilégiée d’une nébuleuse de groupuscules locaux, issus des mouvances identitaires, nationalistes et néonazies. De Paris à Marseille, en passant par Albi, Clermont-Ferrand ou encore Besançon, se multiplient agressions et dégradations, souvent signées et revendiquées. Réceptacle historique de l’extrême droite radicale et terreau de son développement, Lyon est particulièrement frappée par cette vague de violence qui sévit depuis plusieurs mois. Si la capitale des Gaules n’a jamais été épargnée par ces agissements au cours des dernières décennies, leur fréquence et leur intensité semblent corrélées aux récents succès électoraux du RN. Normalisée à l’Assemblée, l’extrême droite est désinhibée dans les rues.

Dégradations et agressions en série partout en France

Croix gammées, croix celtiques et inscriptions homophobes ont été retrouvées le 4 novembre à Albi, près de la cité scolaire Bellevue. Scènes similaires du côté de Montpellier, où aux tags ouvertement racistes apparus le 18 octobre sur les murs de l’université Paul Valéry ont succédé le 11 novembre des messages xénophobes et homophobes découverts sur les locaux de deux syndicats étudiants et d’une association de solidarité et d’aide aux personnes exilées. Ces dégradations ciblées, aux références nazies revendiquées, se répètent un peu partout en France, notamment dans les villes étudiantes où l’extrême droite se déploie, des murs de la faculté de droit de Poitiers, aux locaux du Parti communiste français à Chambéry et Marseille ou de l’UNEF à Clermont-Ferrand. Des lieux de cultes et des résidences de particuliers dans des zones de plus faible densité sont également visés, comme en témoignent les insultes islamophobes et antisémites retrouvés respectivement sur les murs d’une mosquée en Normandie et sur la porte d’entrée et le véhicule d’un habitant de Bizanet, en Occitanie.

Ces actes de vandalisme et d’intimidation sont le fait d’une nébuleuse de mouvements locaux éclatés et proches des milieux néonazis, nés sur les cendres des organisations nationales dissoutes par l’Etat (Génération Identitaire et le Bastion Social en tête), auxquels viennent s’ajouter de jeunes cadres et militants issus des rangs du Rassemblement National, de Génération Zemmour, de la Cocarde Étudiante, ou encore de l’Action Française. Rassemblés autour d’un même socle réactionnaire, alliant haine des minorités, opposition au mouvement social et anti-gauchisme primaire, ces groupuscules rassemblent localement quelques dizaines d’individus, souvent très mobiles au sein d’une même région. Leur force réside dans leur capacité à faire l’unité dans l’action en dépit de leurs divergences idéologiques, par le partage d’une même vision du monde « enracinée » et le recours à la violence physique comme mode d’expression politique.

Fidèle à cette description, l’extrême droite radicale a déployé au cours des derniers mois tout son répertoire d’action. Aux scènes de dégradations évoquées précédemment se sont ajoutées agressions individuelles, descentes collectives et autres opérations coup de poing, au sens figuré comme au sens propre du terme. Le journal Libération recense ainsi près de 30 agressions commises par l’extrême droite depuis la rentrée, soit en moyenne une tous les deux jours. Plusieurs attaques contre des militants politiques et des syndicalistes étudiants ont été rapportés entre septembre et novembre à Montpellier où le local de Solidaires a été dégradé pour la quatrième fois, ainsi que ceux de la Cimade et de Révolution Permanente, La Rochelle, Clermont-Ferrand, Rennes, Auxerre ou encore Angers. Des actions de plus grande ampleur ont également eu lieu, comme dans la commune rurale de Callac, en Bretagne, où une manifestation contre un projet d’accueil de migrants a été organisée début novembre avec le soutien politique du RN et de Reconquête ! et l’appui de milices armées. L’extrême droite radicale s’est également illustrée fin août par ses chants et saluts nazis lors d’un défilé nocturne improvisé dans les rues de Besançon. À Paris, le rassemblement organisé par l’Institut pour la Justice, proche d’Éric Zemmour, en « hommage » à la jeune Lola, s’est transformé en catharsis collective, sur fond d’incitation à la haine et à la violence contre les étrangers. Décliné dans plusieurs villes avec son lot de débordements, comme à Rennes, l’évènement s’est soldé dans la capitale par la prise à partie de journalistes.

Lyon, épicentre de la violence d’extrême droite

Si la multiplication des faits de dégradation et d’agression a pour corollaire l’homogénéisation de l’implantation territoriale de l’extrême droite radicale, il n’en demeure pas moins que certaines villes sont plus touchées que d’autres. La singularité lyonnaise en matière d’extrême droite fait de la capitale des Gaules le théâtre privilégié du cycle de violence initié depuis le mois de septembre par les groupuscules nationalistes, identitaires et néonazis, aux premiers rangs desquels figurent Lyon Populaire et Les Remparts, engeances locales du GUD et de Génération Identitaire, ayant pour habitude de faire ensemble le coup de poing au sein du « Guignol Squad ».

La première de ces attaques remonte au 22 septembre, où un lycéen a été agressé dans le quartier d’Ainay, dans le 2ème arrondissement, pour avoir tenté de décoller un sticker marqué d’une croix celtique. Sa porte d’immeuble est tagguée quelques jours plus tard : « Lyon est nazie. Rappelle-toi en batard ».

Par la suite, deux attaques se sont succédées au cours du weekend du 14 octobre. Alors qu’ils quittaient un rassemblement pour la libération de Georges Abdallah, des militants du Collectif 69 Palestine ont été pris en chasse sur les quais de Saône par des assaillants masqués. L’un d’entre eux a été violemment agressé place Bellecour et s’en est sorti avec plusieurs dents cassées. Deux jours plus tard, c’était au tour du piquet de grève des hommes et femmes de ménages de la gare de Perrache d’être attaqué par un groupe de militants d’extrême droite, dont des membres du groupuscule Clermont Nationaliste. La bâche des grévistes mobilisés pour la conservation de leur emploi a été subtilisée, ainsi que des drapeaux du syndicat CNT-Solidarité ouvrière. Revendiquée photo à l’appui sur le canal Telegram « Ouest Casual », où les néofascistes des quatre coins de l’Europe relaient leurs faits d’armes, l’action revêt un caractère raciste indéniable : les agents ciblés sont presque tous-tes d’origine étrangère.

La situation a atteint son paroxysme une semaine plus tard, lorsque près de deux cents membres de l’extrême droite radicale réclamant « justice pour Lola » se sont réunis à Lyon pour l’occasion et ont défilé illégalement dans les rues du centre-ville. Chauffés à blancs et prêts à en découdre, ils ont parcouru la ville en scandant « immigrés assassins », sans être à aucun moment inquiétés par les forces de police.

En l’absence de réponses politiques et judiciaires, la série noire se poursuit. La marche contre les violences sexistes et sexuelles du 26 novembre a été perturbée à son passage dans le Vieux Lyon par le collectif identitaire Némésis. Dans le même temps, le cortège a été attaquée par des hommes cagoulés, armés de matraques télescopiques et de gazeuses lacrymogènes.

Les actions violentes de l’extrême droite sont monnaie courante dans les rues lyonnaises, où se succèdent depuis le début des années 2010 agressions politiques, dégradations de locaux et expéditions punitives, allant parfois même jusqu’à la tentative de meurtre à l’arme blanche, comme dans le Vieux Lyon en 2014. Cette particularité s’explique par un certain nombre de facteurs qui font de Lyon le réceptacle historique des extrêmes droites radicales et le terreau de leur développement. Citons pêle-mêle : une droite non-gaulliste qui a historiquement cherché des soutiens dans la société civile lyonnaise auprès de ces franges les plus radicales, et qui s’est alliée au RN en 1998 pour ravir la Région Rhône-Alpes ; le rôle d’interface que joue le RN lyonnais entre les courants nationalistes-identitaires et catholiques ; l’implantation territoriale dans certains quartiers, par l’ouverture de locaux faisant office de bars ou de salles de sport ; le développement historique de réseaux de réflexions et d’instituts de formation, aussi bien au sein de l’Université Lyon 3 et de l’Université Catholique de Lyon que dans des cercles et instituts privés ; et, enfin, la tolérance de longue date des autorités politiques locales vis-à-vis de ces groupes d’extrême droite et des actions qu’ils mènent.

La nouveauté et la dangerosité de la situation actuelle réside dans la gravité des attaques et dégradations récemment commises contre des personnes et des biens, et leur concentration sur une période resserrée. Cela coïncide avec la montée du RN dans les urnes et sa normalisation à l’Assemblée Nationale, à laquelle participent activement la majorité présidentielle et la droite libérale-conservatrice.

La mise en action dans les rues de l’idéologie réactionnaire du RN à l’Assemblée

La multiplication des attaques de l’extrême droite depuis septembre est indiscutablement liée à un regain préalable de son activité au moment de la campagne présidentielle. L’avènement de la figure d’Éric Zemmour sur la scène politique est venu contrebalancer la stratégie de « dédiabolisation » du RN, légitimant de nouveau une pensée et un discours néofasciste décomplexés, jusqu’à encourager le passage à l’acte. Tout le monde a encore aujourd’hui bien en tête les images de la violente agression des militant-es de SOS Racisme par des membres des « Zouaves Paris », proches du GUD et du mouvement hooligan, lors du meeting de Villepinte, en décembre 2021.

Le nouvel élan donné à ce cycle de violence depuis le mois de septembre s’explique en partie par la radicalisation d’une frange de la jeunesse de droite extrême, notamment sur les campus universitaires. Les agressions et dégradations que nous avons recensées ont très souvent impliqué des jeunes militants passés par Génération Zemmour, l’organe de jeunesse de Reconquête!, ou par la Cocarde Étudiante, son satellite sur les campus.

Néanmoins, le principal moteur de la recrudescence des exactions d’extrême droite semble être l’ascension électorale du RN et sa normalisation à l’Assemblée. Loin de s’être éloigné de ses racines politiques racistes, libérales et nationalistes, et plus puissant que jamais, le parti lepéniste continue d’entretenir des liens étroits avec les mouvances les plus radicales, comme en témoignent la permanence de liens formels et informels avec la « GUD connexion ». Ces ex-membres du syndicat étudiant d’extrême droite, connu pour sa violence, ont joué un rôle dans la campagne présidentielle de Marine Le Pen, par l’intermédiaire de la société de communication digitale e-Politic. Ils sont également réputés proches du nouveau Président du RN, Jordan Bardella, qui compte un certain nombre de militants identitaires dans son entourage.

La place que le RN acquiert progressivement au sein des institutions et la respectabilité croissante dont il bénéficie – ce dont le parti présidentiel et la droite libérale-conservatrice sont responsables – servent aujourd’hui à la fois de caution et de catalyseur à l’extrême droite radicale. Politiquement peu inquiétée, ses attaques et actes d’intimidation sont renvoyés dos-à-dos avec ceux de « l’ultra-gauche », dans un relativisme mensonger des plus dangereux pour la démocratie et l’État de droit. Convaincus que leurs idées ne sont plus minoritaires et que la victoire est à portée de main, les militants les plus radicaux n’ont plus peur d’afficher et de déployer au grand jour leur projet politique réactionnaire, qu’ils mettent en pratique dans les rues par la stigmatisation et la persécution de groupes d’individus dont l’épuration permettrait à leurs yeux de « régénérer le corps social national ».

Normalisée à l’Assemblée, l’extrême droite est désinhibée dans les rues. Le RN et les valeurs au cœur de son projet antisocial et mortifère doivent être combattus politiquement, dans une perspective unitaire, avec plus d’ardeur que le sont aujourd’hui les actions violentes commises dans nos villes par la nébuleuse de groupes locaux issus des mouvances identitaires, nationalistes et néonazies.

Camille Boulègue et GES 69

Ce qui devait arriver arriva. Le lundi 5 décembre au soir, 2 militants du collectif Fermons les locaux fascistes qui distribuaient des tracts ont été violemment agressés par des nervis d’extrême  droite.  Le plus jeune d’entre eux , sympathisant de la France Insoumise souffre de plusieurs blessures et fractures.  La seconde, âgée de 70 ans a été violemment jetée à terre, sa tête heurtant le sol. Ces deux camarades ont été hospitalisés.  
Bien entendu,  des plaintes seront déposées.  
Nous assurons ces camarades de toute notre solidarité.